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Une pièce inspirée des "Monologues du vagin" fait un tabac à Beyrouth
 

 

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Une pièce inspirée des "Monologues du vagin" fait un tabac à Beyrouth
20Minutes.fr avec AFP | 23.04.06 | 23h53


Le public retient son souffle avant d'applaudir chaleureusement au moment où une actrice déclare effrontément que "Coco", nom de code de son organe génital, est rouge de colère, dans la première adaptation en arabe de la pièce américaine "Monologues du vagin".

Après de longues discussions avec la censure, Lina Khoury, dramaturge libanaise de 30 ans, a réussi à faire jouer à guichets fermés et devant un public enthousiaste à Beyrouth une adaptation de l'oeuvre de la féministe américaine Eve Ensler, ce qui lui a valu les éloges de la presse et des prolongations.

"Pendant un an et demi, je me suis battue avec la censure qui n'arrêtait pas de charcuter mon texte. Excédée, j'ai fait irruption chez le ministre de la Culture qui m'a soutenue", affirme Lina Khoury, diplômée en art dramatique de l'université américaine d'Arkansas et enseignante à l'Université américaine de sciences et de technologie (AUST) de Beyrouth.

Il lui a tout de même fallu de l'adresse pour adapter la pièce et la transformer en "Haki Naswan" (ragots de femmes, en arabe), "Monologues du vagin" étant trop cru pour les oreilles chastes d'un pays arabe.

Lina Khoury a adapté trois monologues de l'oeuvre plusieurs fois primée d'Eve Ensler, qui a fait le tour de monde et a été interprétée par des artistes de renom comme Susan Sarandon et Whoopi Goldberg.

Elle a ensuite emprunté la même démarche qu'Ensler pour écrire les neuf autres monologues à partir d'interviews avec des dizaines de ses compatriotes, qui ont accepté de parler sans complexe de leurs problèmes de femmes, qu'ils soient sexuels ou sociaux.

"Lorsque j'ai vu la pièce aux Etats-Unis, je l'ai trouvée tellement libératrice que je me suis juré de la faire connaître au public de mon pays. Ce n'est pas de la pornographie, mais une approche des problèmes des femmes. Je n'ai pas voulu choquer mais défier l'hypocrisie qui prévaut dans nos sociétés", a-t-elle confié.

Mme Khoury se dit récompensée par le fait qu'à la sortie du spectacle, son public s'embarque dans de grandes discussions sur les thèmes abordés dans la pièce.

D'après elle, il faut en effet beaucoup de courage dans les sociétés orientales, minées par les interdits religieux et sociaux et où l'évocation des parties génitales ne se fait en général qu'à demi-mot, pour parler de tout ce qui touche au sexe.

Mais la dramaturge a réussi à convaincre quatre jeunes actrices d'évoquer l'orgasme, les maladies vénériennes, le viol, l'homosexualité, la pédophilie et le harcèlement, entre autres sujets tabou.

Dans une scène, l'actrice qui joue le rôle d'une adolescence harcelée par un ami de ses parents a la répartie suivante: "J'aurais très bien pu dire à mes parents qu'Israël avait envahi Beyrouth, mais je ne pouvais pas leur dire que leur ami m'avait envahie!".

L'une des scènes décrit les incongruités de la société libanaise où les citoyens sont forcés par la loi à se compartimenter en confessions religieuses.

"Avant de m'ausculter, mon gynécologue m'a fait remplir un formulaire dans lequel il m'est demandé de préciser quelle est ma religion. Qu'est ce que ma religion a à voir avec ma maladie vénérienne?" s'exclame l'actrice.

Dans une autre scène, une jeune lesbienne raconte comment, lorsqu'elle découche, sa mère, qui ne connaît pas ses orientations sexuelles, s'assure qu'elle n'est pas en compagnie de garçons, afin que sa fille "préserve sa réputation".

Et comble du paradoxe, dans une séquence, Vera qui n'a pas encore trouvé d'époux, raconte que ses parents, qui l'ont longtemps empêchée de fréquenter des garçons, lui demandent: "Pourquoi tu n'as pas de petit ami? Pourquoi tu ne sors pas?".

 
 
Dernière modification : 30.04.2006