AWSA-Belgium ASBL

     
Avec le soutien de la Communauté Française de Belgique Ministère de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Egalité des Chances
Alger: la violence contre les femmes, un fléau touchant toutes les couches
 

 

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Les cheveux serrés dans un vieux foulard rouge, le sourire triste, Farida salue d'un geste las. Violée par son demi-frère, elle est l'une des 30 locataires du chalet-refuge de ""Sos Femmes en détresse"" à Alger.

"Après son viol par son demi-frère, Farida a pratiquement perdu la raison. Nous l'avons sauvée de l'asile psyschiatrique", se souvient Myriam Belala, présidente de cette association d'aide aux femmes victimes de violence.

"La violence contre les femmes est un phénomène généralisé en Algérie. Il touche toutes les couches sociales et toutes les régions, sauf le grand sud, où les Touaregs, bannissent les hommes qui violentent les femmes", ajoute Mme Belala.

Educatrice spécialisée, elle a décidé de se consacrer à la cause des femmes battues. A l'entrée des bureaux de ce centre d'accueil et d'écoute, une affiche en noir et blanc lance un défi aux ""machos": "si tu es un homme ne lui parle pas comme ça". Une autre proclame : "elle compte sur nous"".

Une troisième présentant une femme souriante, est barrée d'un slogan qui résume le programme de ""SOS Femmes.."": ""le bonheur c'est une femme libérée de la violence".
Quelque 7.400 femmes ont porté plainte pour violence en 2005, contre 5.845 en 2004, selon le département Femmes et enfance de la police judiciaire.

Ce nombre est en augmentation en 2006, mais toutes les femmes battues, craignant le scandale, ne franchissent pas le seuil d'un commissariat de police, affirment les éducatrices. Il en est même de celles victimes de violence sexuelle dans le couples et sur les lieux de travail.

""En revanche, elles nous en parlent au téléphone, sous anonymat"", indique Mme Belala. ""Nous recevons des centaines d'appels de femmes contraintes à la sodomie ou à des pratiques que leur morale réprouve"", précise-t-elle ""La nuit de noce dans les mariages traditionnels, se transforme souvent en nuit de viol, car les époux ne se connaissent pas avant de convoler"", dit-elle.

Mme Belala parle aussi ""d'inceste, fréquent et dramatique"" et de ""pédophilie"", mais, précise-t-elle, ""les attouchements sexuels sur enfants n'étant pas reconnus par la loi, le délit ne peut être établi"".

Parmi d'autres formes, Mme Belala cite la ""violence morale"". ""De nombreuses femmes vivent dans la résignation les humiliations subies quotidiennement par leur mari"", poursuit-elle.

Mais la forme la plus fréquente reste la violence physique, qui peut aller jusqu'à la tentative de meurtre. ""Nous avons connu des cas terribles: des femmes aux os fracturés et d'autres jetées par le mari du haut d'un immeuble"".

Les causes les plus fréquentes de cette violence sont la mésentente conjugale. ""Les hommes ne frappent pas toujours sous l'effet de la boisson, mais dans un accès de colère irrépressible"", relève Mme Belala.

Créée il y a une quinzaine d'années, ""SOS Femmes.."" avait ""brisé un tabou"" en dénonçant publiquement, pour la première fois, les violences subies par les femmes, rappelle-t-elle.

Financée par des ONG internationales, l'association multiplie les projets de protection et de réinsertion des femmes en détresse. Son dernier projet est de donner une formation de neuf mois (tissage, couture, informatique, gestion) aux victimes, afin de leur permettre de repartir d'un bon pied.

""L'une de nos meilleures réussites est d'avoir pu travailler en commun avec la police et la gendarmerie. Nous revendiquions ce partenariat avec l'Etat.
Notre livre sur les violences contre les femmes est désormais fourni aux membres des forces de l'ordre, qui sont aussi formés à l'écoute des femmes en détresse"", dit Mme Belala.
""Mais, ajoute-t-elle, nous aurons réussi lorsque nous aurons changé les lois en faveur des victimes"".

""Nous nous préparons en 2007 à assiéger la nouvelle Assemblée nationale pour faire entendre notre voix aux députés"", annonce-t-elle. ""Nous leur préparons des commandos de victimes pour les sensibiliser à la détresse de ces femmes"".

Hassen ZENATI

AFP, 24 novembre 2006

 

 
 
Dernière modification : 24.03.2008