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Avec le soutien de la Communauté Française de Belgique Ministère de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Egalité des Chances
Liberté, Egalité et Femmes en Islam (Zakia Khattabi)
 

 

التضامن
Unity
قوة النساء
Women’s Power
رفع الحجاب عن العقل
Unveiling of the Mind
 
 
Liberté, Egalité et Femmes en Islam

Zakia Khattabi

Cette réflexion est le fruit d'abord d'un étonnement puis d'une interrogation suscités il y a quelque mois déjà à l'occasion d'une rencontre avec des 'féministes du sud' à Strasbourg mais également plus récemment par l'organisation par un service public belge d'un colloque portant sur la femme et la religion. Dans les deux cas la question de la femme et de sa place dans la société musulmane n'est envisagée qu'au travers de l'analyse du texte religieux.

Or il m'apparaît, c'est ce que je vais tenter de vous démontrer, que l'articulation 'Liberté, Egalité et Femmes en Islam' est porteuse de ses propres limites, et nous mène à une impasse quant à l'évolution du statut de la femme dans les sociétés musulmanes.

Les principes d'égalité et de liberté sont des notions propres, des valeurs bien ancrées dans la modernité or la définition même de la modernité implique une certaine manière d'appréhender le monde et son organisation. Si l'on reprend les caractéristiques respectives de la modernité et des religions, l'islam en l'occurrence, on s'aperçoit assez bien d'une sorte d'opposition frontale qui relève de deux façons de concevoir et de vivre l'être-ensemble des hommes.

L' enjeu de la modernité est bien de soumettre la nature externe du monde et la nature interne de l'homme à la raison humaine, au jugement de vérité et produire ainsi une révolution non seulement dans la science et la technique mais d'abord et avant tout dans le domaine du désir et de l'action. Une des caractéristiques parmi les plus frappante d'une société moderne est celle de l'autonomie des réalités terrestres. Si discutable et approximative que soit cette formulation elle indique bien un trait permanent et dynamique de toute société entrée dans la modernité. Par différence d'avec une société traditionnelle où l'ensemble des relations de l'homme à la nature et entre les hommes se trouve organisé en référence (plus ou moins souple) à un principe supérieur, une religion ou une idéologie, une société se modernise à partir du moment où elle devient le lieu d'une différenciation progressive des domaines, des champs de la connaissance et de l'action. Ce processus ne se met pas en place d'un seul coup, elle s'opère sous la poussée d'une raison expérimentale, calculatrice, opératoire, diversifiée dans ses méthodes. Une des caractéristiques de la modernité est donc bien l'œuvre de la raison expérimentale. On relève ici une incompatibilité de principe car une telle rationalité a sa rigueur, ses règles et implique un statut précis de la connaissance. Une telle raison n'admet que ce qu'elle a dûment testé, contrôlé, expérimenté. Cette démarche ne reste pas théorique : elle informe des pratiques, imprègne les mœurs dans une société où l'on valorisera le vérifiable et le connaissable, et où l'on se méfiera du non vérifiable aisément assimilé à l'irrationnel, à l'ignorance ou au dogmatisme autoritaire. Or la religion (la foi) suppose l'entrée dans un tout autre univers : l'Islam, en l'occurrence, communique une Parole de Révélation ; elle la propose non point comme un savoir vérifiable, testable et provisoire, mais comme un salut bénéfique à la condition de faire confiance et d'adhérer à ce qui est gratuitement proposé. Ici encore deux esprits s'affrontent qui commandent l'un et l'autre une vision des choses et une relation au réel assez incompatibles.

La promotion de l'individu est aussi l'une des conséquences du passage d'une société à la modernité. De multiples facteurs, intellectuels tant que techniques conduisent au développement de l'individualisme qu'on ne confond pas avec l'égoïsme ou la revendication bornée d'une satisfaction individuelle indéfinie de ses besoins, mais qui culmine au mieux dans la revendication des droits de l'individu, de son égalité avec tout autre, du respect de sa vie privée et de ses options. Une société des individus ne se soumet à quelque vérité ou quelque autorité qu'après en avoir débattu. C'est pourquoi elle fait corps à la démocratie. Dans ce système aucun individu, aucune catégorie sociale ne peut prétendre dire et détenir le vrai du social. Il revient à la société dans son ensemble de le chercher dans la discussion organisée, la confrontation. Une société démocratique va de pair avec une conception relativiste, polémique, transitoire du vrai. Il est clair qu'ici encore cette perspective démocratique et cette approche de la vérité sont en opposition avec une société religieuse. C'est pourquoi il me semble que tant que l'on s'attachera à chercher dans la religion, quelle qu'elle soit par ailleurs, les arguments, les éléments plaidant en faveur d'une organisation de la société basée sur les principes d'égalité , de liberté, d'autonomie de l'individu on se trouvera vite dans une impasse. Tant que l'on ne réfléchit qu'à un aménagement des modalités et pas à une remise en question du principe, on se trouvera confronté aux limites du modèle. Il m' apparaît dès lors que le passage obligé pour une réelle évolution du statut de la femme est celui de la sécularisation des sociétés arabo-musulmanes, en l'occurrence. Sécularisation ne signifie évidemment pas la disparition des intérêts spirituels des individus mais se traduit bien par la PRIVATISATION du sentiment religieux.

27/04/2006

 
 
Dernière modification : 08.03.2008