| Et pourquoi pas toi, Nadia ?
Comme aime à le rappeler la réalisatrice et écrivaine Khadija Al Salami, sa destinée aurait pu être celle d’Amina1, l’ « héroïne » de son dernier film documentaire. Victime d’une société yéménite tribale et patriarcale, Amina n’a échappé à la peine de mort que grâce à l’opiniâtreté de Khadija.
Si Khadija est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, c’est principalement, selon elle, grâce à l’éducation dont elle a pu bénéficier en grandissant en ville, alors qu’Amina vivait dans un village retiré dans la montagne.
Mariée de force à 11 ans, Khadija a fui son mari, a divorcé, s’est plongée dans l’apprentissage scolaire pour compenser un sentiment de honte dû à la pauvreté et à la situation non conventionnelle de sa famille. Une maturité acquise précocement, des résultats scolaires brillants, son parcours s’enrichit d’une expérience d’animatrice d’une émission pour enfants à la radiotélévision nationale. Soutenue par sa mère, elle a osé, osé aller à l’encontre d’un parcours pré tracé, osé sauter par dessus les obstacles qu’elle rencontrait, ouvrir les portes fermées, tout simplement osé persévérer jusqu’à obtenir, à 16 ans, une bourse qui lui a permis de poursuivre des études de cinéma aux Etats-Unis.
Actuellement en poste à l’ambassade du Yémen à Paris, elle dirige la section « culture et communication », tout en continuant à réaliser des documentaires dans son pays pour contribuer à l’amélioration de la condition de la femme yéménite.
AWSA-Belgique2, association militant pour les droits des femmes arabes et originaires du monde arabe, souhaite rendre hommage à cette femme d’exception qu’est Khadija Al-Salami. Nous vous la « dévoilons » pour qu’elle puisse servir de modèle et de moteur à toutes celles qui luttent encore : celles qui avancent à petits pas et qui doucement font changer les mentalités mais aussi celles qui, victimes du poids des traditions dans une société en repli sur elle-même, cherchent une lueur d’espoir.
Et pourquoi pas à toi, Nadia ?
Née dans une famille pauvre et disloquée d’une région rurale du Maroc, quel était ton destin après quelques années d’école primaire ? Ton parcours tout tracé a basculé quand tu as rencontré cet homme belge d’origine marocaine. Un mariage consenti célébré au Maroc et puis l’arrivée à Bruxelles. Combien de temps as-tu rêvé ? Combien de beaux jours as-tu connus avant l’orage qui s’est abattu sur toi? Un orage de coups, de viols et de mauvais traitements que tu subiras le temps qu’il faudra pour que la police, alertée par les voisins, vienne te délivrer de ce cauchemar.
Accueillie dans un centre avec d’autres laissées-pour-compte, c’est un univers insoupçonné qui s’ouvre à toi. Tu te vois exister, reconnue en tant que femme, on te parle, on t’écoute, on te comprend, on te respecte, les portes s’entrebâillent. Et tu les pousses, tu brises ta coquille, tu t’épanouis, tu découvres, tu apprends. Te voilà avide. Avide de lecture, d’écriture, de français, tu reprends ton instruction arrêtée trop tôt, les cours se suivent et ta motivation ne faiblit pas. Avide de découvrir cette société que tu n’as pas choisie mais qui t’as sauvée, accueillie et te donne les moyens de te former, de te construire, de t’émanciper.
Mais voilà, cette société-là est aussi celle qui te dit que tu dois rentrer chez toi. Menacée d’expulsion. Pourquoi ? Parce que tu n’es pas restée suffisamment longtemps sous le même toit que cet homme qui devait te protéger, parce que c’est lui ton sauf-conduit, sans lui, tu n’as plus aucun droit ici.
Et là-bas, ta famille ne veut plus de toi. Si tu rentres, tu subiras la honte, l’enfermement et sans doute un mariage forcé. Quel choix as-tu ? Retourner au Maroc pour y être «le déshonneur de la famille » ou retrouver et accepter les violences conjugales ?
Cette société qui t’a tout donné te montrera-t-elle une troisième voie, t’offrira-t-elle une autre chance ? Celle qui te permettrait d’aller plus loin dans ton autonomie et ton épanouissement de femme, pour que tu aies la liberté de choisir ton avenir: ici ou là-bas, mais armée pour prendre ta vie en main, comme Khadija a pu le faire.
Nous, membres d’AWSA-Belgique, pensons que notre société doit laisser aux femmes le droit de tracer leur chemin vers l’avenir. Nous demandons à nos autorités de démontrer, par des actes concrets envers Nadia et les autres, que nous vivons dans une société sensible à la dignité humaine, qui ne se voile pas la face en renvoyant ses responsabilités vers d’autres qui ne les assumeraient pas.
Le degré de développement du droit des femmes est le reflet de la société dans laquelle elles vivent. Dans leurs pays d’origine et dans leurs pays d’accueil, le droit des femmes du monde arabe est menacé et parfois en régression. Par notre action, nous voulons leur donner la place qu’elles méritent et les soutenir dans ce combat qui se livre au quotidien. Le 8 mars est un jour d’hommage à celles qui luttent dans l’ombre et dans la dignité.
AWSA-Belgique asbl,
Le 7 mars 2008
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