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Biographie de Nawal El Saadawi
 

 

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Nawal El Saadawi est née à Kafr Tahla, dans le delta de la basse Égypte. Son père était fonctionnaire au Ministère de l’éducation ; sa mère était issue d’une famille bourgeoise. Contrairement aux habitudes, envoyèrent à l’école leurs neuf enfants, et pas seulement les garçons. Nawal El Saadawi fut une bonne élève et, en 1949, elle entra en faculté de médecine.

Diplômée de l’Université du Caire en 1955, elle étudia ensuite à la Columbia University (New York) où elle obtint sa Maîtrise en santé publique, en 1966.

Elle fit un premier mariage avec Ahmed Helmi, étudiant en médecine et militant pour la liberté, dont elle divorça. Son second mari fut un riche traditionaliste, avec lequel Nawal El Saadawi rompit lors qu’il s’opposa au fait qu’elle écrive – activité qu’elle avait débutée dès l’enfance.

En 1964, Nawal El Saadawi épousa Sherif Hetata, médecin et romancier. Il a traduit en anglais plusieurs de ses livres. Sa fille et son fils sont également devenus des écrivains.

Une fois diplômée, elle a travaillé comme médecin à l’université, et durant deux ans au Centre de santé rurale à Tahla. De 1958 à 1972, elle fut Directrice générale de l’éducation à la santé publique, au Ministère de la santé. Elle fut en même temps éditeur responsable du magazine Health et secrétaire général auxiliaire de l’Association Égyptienne de Médecine. En 1972, elle fut révoquée de son poste au ministère et bannie à cause de ses écrits (La femme et le sexe, Le Caire, 1969) contre les mutilations sexuelles subies par les femmes, les classes dominantes et le patriarcat. Health fut interdit et les livres de Nawal El Saadawi furent censurés. « Tout, dans ce pays, est dans les mains de l’État et sous son contrôle direct ou indirect », écrivit-elle plus tard dans ses Mémoires d’une prison de femmes, « grâce à des lois reconnues ou tacites, par la tradition ou par une peur de l’autorité depuis longtemps établie et profondément enracinée. »

Elle commença alors à publier des essais, tels que Al mar’a wal sira’ al-nafsi (1976), qui traite de la femme et du conflit psychologique, ou La face cachée d’Ève (1977), publié à Beyrouth. Après son roman La chute de l’Iman, en 1987, publié au Caire, elle a commencé à recevoir des menaces de la part de groupes fondamentalistes. En 1993, elle fut jugée pour hérésie et condamnée à mort.

De 1973 à 1978, elle exerça son métier d’écrivain à l’Institut supérieur de littérature et de science. Elle fut également chercheur à la faculté de Médecine de l’université Ain Shams, au Caire, et travailla pour les Nations Unies en tant que directrice du Centre africain de recherche et de formation pour les femmes en Éthiopie (1978-1980). Elle fut également conseillère pour la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique occidentale, au Liban.

En 1981, elle s’opposa à la loi du parti unique édictée par Anwar El Sadat. Elle fut arrêtée et emprisonnée (le 6 septembre) durant trois mois dans la prison pour femmes de Qanatir, pour infraction à la « Loi de protection des Valeurs contre le déshonneur ». La prison lui était déjà familière, puisqu’elle y avait mené des études dans les années 1970 auprès des détenues. Durant ce séjour, elle écrivit, avec un pinceau à cil et sur du papier w.-c. offert par une détenue prostituée, ses Mémoires d’une prsions de femmes, qui seront plus tard publiés à Londres.

Deux mois après la mort du président Sadat – qui survint le 6 octobre 1981 –, elle fut libérée. Avant d’être ramenée chez elle, elle fut présentée au nouveau président, Hosni al-Mubarak.

En 1982, elle fonda l’Association arabe pour la solidarité des femmes, qui fut interdite en 1991. Lorsque son nom apparut sur une liste fondamentaliste de condamnés à mort, elle s’envola avec son mari pour les Etats-Unis, où elle enseigna à la Duke University et à la Washington Sate University à Seattle.

En 1996, elle revint en Égypte.

En 2002, elle fut accusée d’apostasie par un avocat fondamentaliste qui porta plainte contre elle afin qu’elle soit divorcée de force d’avec son mari, le Dc Sherif Hetata. Ce que cet avocat lui reprochait était d’avoir dénoncé par écrit l’oppression qu’exerce le système patriarcal en Égypte et dans le reste du monde.

Son mari et elle réagirent et une campagne de solidarité internationale leur permit de gagner son procès, de rester ensemble sans devoir fuir leur pays, comme cela était arrivé au Dr Nasr Hamed Abou Seid que la Cour avait divorcé de sa femme pour une accusation similaire – le couple s’est depuis réfugié en Hollande.

Le 28 janvier 2007, Nawal El Saadawi et sa fille, le Dr Mona Helmy, furent accusées d’aspostasie et interrogées par le Procureur général du Caire. Mona Helmy fut accusée d’avoir écrit, dans la chronique hebdomadaire qu’elle tient dans le magazine Rosalyoussef, que les enfants devraient pouvoir porter le nom de leur mère et de leur père, ceci afin de rendre hommage aux mères et de sauver les deux millions d’enfants illégitimes qui vivent dans les rues du Caire. Quant à Nawal El Saadawi, on lui reprochait ses écrits et la conception de Dieu qui s’en dégage.

Le 28 février 2007, l’université Al Azhar, du Caire, a accusé Nawal El Saadawi d’hérésie et a écrit au Procureur général afin qu’elle soit condamnée pour sa pièce « Dieu démissionne de la rencontre au sommet », pièce rédigée en 1996 et publiée en 2006, en arabe, par les éditions cairotes Madbouli.

Cet éditeur a publié toute l’œuvre de Nawal El Saadawi, essais et fictions (45 livres au total), afin de la présenter à la Foire Internationale du Livre du Caire, en janvier 2007. Cinq de ces livres, dont la pièce, furent interdits à la Foire. La police secrète a ordonné à l’éditeur de détruire tout le tirage de la pièce, ce qu’il a fait. Cela n’a pas empêché l’université Al Azhar de porter plainte.

Le 16 mars 2007, elle a reçu le Prix de l’Association de Littérature Africaine, lors de sa conférence annuelle en West Virginia.

Nawal El Saadawi a reçu de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le Prix du Conseil Supérieur de Littérature (1974), le Prix littéraire de l’amitié franco-arabe (1982), ou le Prix littéraire de Gubran (1988). Les premières nouvelles de Nawal El Sadaawi ont été publiées dans des journaux et des magazines. Ses premiers romans ont paru dans les années 1950. En 1958, elle a fait ses débuts de romancière avec Mémoires d’une femme docteur, un roman partiellement autobiographique. Ce livre est considéré comme l’œuvre fictionnelle pionnière dans le féminisme moderne du monde arabe, même si, à la fin, la protagoniste révoltée accepte son sort. Dans les années 1970, Nawal a commencé à critiquer ouvertement le système patriarcal et à aborder des sujets tabous, tels que la circoncision féminine, l’avortement, la sexualité, les abus sexuels sur les enfants, et les différentes formes d’oppression des femmes.

Lors d’un séjour à Adis Abeba (1978), elle rédigea Le voile où la protagoniste révèle ses pensées au lecteur, mais pas à son amant. L’oppression sexuelle et sociale est mise en relation avec la doctrine religieuse dans son court roman Elle n’a pas sa place au paradis (1972).

Femme au degré zéro (1975) fut partiellement inspiré par ce que Nawal Saadawi a pu collecter comme témoignage à l’Université Ain Shams sur la santé mentale des femmes. Dans la prison pour femmes de Qanatir, elle a rencontré le personnage principal, Fridaws, une femme abusée dans son enfance et dont la recherche de liberté finit en quête de revanche et dans le meurtre de son souteneur. Un psychiatre l’interviewe à la veille de son exécution. La mort lui semble une victoire : « Je ne veux rien. Je n’espère rien. Je ne crains rien. C’est pour ça que je suis libre. Parce que, tout au long de notre vie, ce sont nos désirs, nos espoirs, nos craintes qui nous asservissent. » Le livre a été traduit en français (Ferdaous, une voix d’enfer) par Assia Djebar et Assia Trabelsi.

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture de Nawal El Saadawi ? Le mélange entre fiction et données réelles, sa connaissance des sciences médicales, les détails autobiographiques, et la description de maladies sociales. Les lectrices féministes en Occident ont critiqué ses romans qu’ils jugeaient répétitifs dans leurs thèmes et projets, sans remettre en cause les normes occidentales de narration, ainsi que l’a fait Saadawi.

 
 
Dernière modification : 06.05.2007